Akon : « L’Afrique n’a pas besoin qu’on la sauve, elle a besoin qu’on lui donne les moyens de se développer »
Akon : « L’Afrique n’a pas besoin qu’on la sauve, elle a besoin qu’on lui donne les moyens de se développer »
De la musique aux affaires : pourquoi Akon veut changer la manière dont le monde aide l’Afrique
Pendant des années, une partie du monde a regardé l’Afrique à travers le prisme de la pauvreté, des crises et de l’aide humanitaire. Akon, lui, défend une autre vision : créer des entreprises, investir dans les infrastructures, former les jeunes et transformer les problèmes du continent en opportunités économiques. Avec Akon Lighting Africa, le chanteur devenu entrepreneur a voulu démontrer qu’un projet de développement pouvait aussi reposer sur un modèle commercial et créer de la valeur localement.
Akon aurait pu se contenter d’être une star internationale.
Avec des millions de disques vendus, des collaborations avec certaines des plus grandes figures de la musique mondiale et une fortune considérable, il aurait pu rester à distance des problèmes économiques du continent africain.
Mais l’artiste d’origine sénégalaise a choisi une autre voie.
Il s’est progressivement transformé en entrepreneur et en promoteur de projets liés au développement africain.
Son idée centrale est simple, mais particulièrement ambitieuse :
l’Afrique ne doit pas être considérée uniquement comme un continent à aider. Elle doit aussi être considérée comme un continent dans lequel investir.
Et pour Akon, cette différence de perspective peut changer beaucoup de choses.
« Je ne pense pas que les organisations caritatives fonctionnent »
Akon a été particulièrement direct lorsqu’il a expliqué sa vision du développement africain.
Dans une interview accordée au Guardian, il estimait que la charité ne permettait pas, à elle seule, de construire durablement les économies africaines. Il défendait plutôt la création d’entreprises rentables capables de générer des emplois et de donner aux populations les moyens de développer leurs propres économies.
C’est une philosophie qui peut se résumer ainsi :
donner quelque chose à quelqu’un peut résoudre un problème aujourd’hui ; créer une activité économique peut permettre à cette personne de résoudre elle-même plusieurs problèmes demain.
Cette distinction est au cœur de son approche.
Pour Akon, l’aide ponctuelle peut être nécessaire dans certaines situations humanitaires.
Mais lorsqu’il s’agit de développement économique à long terme, il faut également construire des systèmes capables de fonctionner durablement.
Et c’est précisément ce qu’il a voulu expérimenter avec l’énergie solaire.
Akon Lighting Africa : quand une star décide de s’attaquer à l’électricité
En 2014, Akon s’est associé à Thione Niang, homme politique et entrepreneur sénégalais, et à Samba Bathily, entrepreneur malien spécialisé dans l’énergie solaire, pour lancer Akon Lighting Africa.
Le projet partait d’un problème extrêmement concret :
l’accès à l’électricité.
Les fondateurs avaient eux-mêmes connu, à Kaolack au Sénégal, les difficultés liées au manque d’électricité durant leur jeunesse. Selon le site du projet, cette expérience personnelle a contribué à leur volonté de faire de l’énergie une priorité du développement africain.
L’objectif était alors de proposer des solutions solaires aux populations rurales et semi-urbaines qui n’étaient pas correctement desservies par les réseaux électriques.
Et plutôt que de simplement distribuer gratuitement des équipements, le projet a voulu construire un modèle économique reposant notamment sur des partenariats public-privé et des mécanismes de financement.
Pourquoi l’électricité est-elle si importante ?
Pour comprendre le raisonnement d’Akon, il faut regarder au-delà de la simple ampoule.
L’électricité n’est pas seulement une question de confort.
Elle permet à un commerce de fonctionner plus longtemps.
Elle permet à un étudiant d’étudier le soir.
Elle permet à un centre de santé de conserver certains équipements.
Elle permet à un artisan d’utiliser des machines.
Elle permet à une famille de charger son téléphone sans parcourir plusieurs kilomètres.
Elle peut donc devenir une infrastructure économique.
C’est précisément la logique défendue par Akon Lighting Africa.
Le projet affirme avoir installé des lampadaires solaires, des mini-réseaux et des systèmes domestiques et avoir contribué à la création d’emplois locaux dans plusieurs pays africains.
L’idée n’était donc pas simplement d’apporter de la lumière : il s’agissait de créer les conditions permettant à une activité économique de se développer autour de cette lumière.
Le modèle Akon : transformer un problème en marché
C’est probablement l’aspect le plus intéressant de la philosophie d’Akon.
Prenons un problème africain classique :
une population n’a pas accès à l’électricité.
Une approche purement caritative pourrait consister à installer gratuitement quelques équipements.
Akon et ses partenaires ont voulu réfléchir autrement :
Pourquoi ne pas créer un marché autour de l’énergie solaire ?
Pourquoi ne pas installer les équipements, former des techniciens africains, créer des emplois, vendre certains services et organiser des mécanismes de financement permettant aux projets de durer ?
C’est cette logique qui a conduit Akon à présenter son initiative non pas comme une simple œuvre de charité, mais comme une forme d’entrepreneuriat social.
Forbes rapportait ainsi qu’Akon insistait sur le caractère lucratif de son projet, tout en affirmant que l’objectif était aussi de permettre aux populations locales de créer leur propre activité économique.
« L’Afrique a les ressources, mais… »
Le discours d’Akon repose également sur une conviction plus large :
le problème de l’Afrique ne serait pas l’absence de potentiel.
Le continent possède des ressources naturelles considérables.
Il possède une population jeune.
Il dispose d’un immense potentiel solaire.
Il possède des entrepreneurs.
Il possède des ingénieurs, des agriculteurs, des commerçants, des développeurs et des créateurs.
Mais entre ces ressources et la création de richesse, il existe plusieurs obstacles.
C’est là que les institutions, les infrastructures, l’accès au capital et la gouvernance deviennent essentiels.
Le véritable problème : les institutions et la gouvernance ?
Il serait cependant trop simple de reprendre le discours entrepreneurial d’Akon pour expliquer tous les problèmes du continent.
Les économistes et les chercheurs soulignent depuis longtemps l’importance de facteurs institutionnels dans le développement.
Un entrepreneur peut avoir une excellente idée.
Mais si l’électricité est instable, si les routes sont insuffisantes, si le financement est inaccessible, si les règles changent constamment, si les procédures administratives sont trop lourdes ou si les institutions fonctionnent mal, son entreprise peut rencontrer d’immenses difficultés.
Le talent individuel ne suffit donc pas toujours.
Un environnement économique stable est également nécessaire.
C’est pourquoi la question du développement africain ne peut pas être réduite à une opposition entre « charité » et « entrepreneuriat ».
Les deux peuvent avoir leur place, mais ils ne répondent pas aux mêmes problèmes.
Une Afrique qui ne veut plus seulement recevoir
Le discours d’Akon touche néanmoins à une évolution importante dans la manière dont certains entrepreneurs africains et de la diaspora parlent du développement.
Pendant longtemps, le continent a souvent été présenté à travers les images de l’aide internationale.
Campagnes humanitaires.
Dons.
ONG.
Programmes d’urgence.
Aide alimentaire.
Mais une nouvelle génération insiste davantage sur :
l’investissement, l’industrialisation, les entreprises locales, les infrastructures et la création d’emplois.
Dans cette vision, l’Africain n’est plus seulement présenté comme le bénéficiaire d’une aide.
Il devient également :
producteur, entrepreneur, investisseur, ingénieur, employeur et consommateur.
C’est une transformation de perspective considérable.
Et les jeunes Africains dans tout ça ?
Akon insiste également sur la jeunesse.
Son projet énergétique ne reposait pas uniquement sur l’importation d’équipements.
La formation faisait partie de la stratégie.
L’initiative a notamment développé une formation destinée à préparer des jeunes Africains au