« Nous demandons la même chose » : Bassirou Diomaye Faye assume le choix du Sénégal face aux pressions sur l’homosexualité

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« Nous demandons la même chose » : Bassirou Diomaye Faye assume le choix du Sénégal face aux pressions sur l’homosexualité

Le message de Bassirou Diomaye Faye est désormais clair : sur la question de l’homosexualité, le Sénégal entend décider lui-même de ses règles. Interrogé le 24 septembre 2026 par RFI et France 24 sur les critiques internationales visant le durcissement de la législation sénégalaise, le président a défendu la souveraineté législative de son pays. Une déclaration qui intervient quelques mois seulement après l’adoption d’une loi portant les peines contre les relations entre personnes de même sexe jusqu’à dix ans de prison.

La question ne cesse de provoquer des réactions au Sénégal comme à l’étranger.

Depuis plusieurs mois, la législation sénégalaise sur l’homosexualité est devenue l’un des sujets les plus sensibles du débat public. Et le 24 septembre, Bassirou Diomaye Faye a décidé de répondre directement aux critiques internationales.

Face aux journalistes de RFI et France 24, le président sénégalais n’a pas cherché à contourner la question.

Au contraire, il a posé une autre question : « De quelle communauté internationale parlez-vous ? »

Lorsque les journalistes ont évoqué notamment la France et les Nations unies, le chef de l’État a défendu le droit du Sénégal à définir ses propres normes.

Son argument repose sur un principe de réciprocité : si certains États ont choisi de légaliser le mariage entre personnes de même sexe et que le Sénégal a respecté leurs décisions en tant qu’États souverains, ces mêmes pays doivent, selon lui, respecter le choix législatif du Sénégal.

« Nous demandons la même chose », a-t-il déclaré.

Une déclaration qui change le ton du débat

Cette sortie intervient dans un contexte particulièrement sensible.

Le Sénégal n’a pas attendu septembre 2026 pour légiférer sur la question. En mars, l’Assemblée nationale avait adopté une réforme de l’article 319 du Code pénal renforçant considérablement les sanctions.

Le texte a été adopté le 11 mars par 135 voix pour, aucune contre et trois abstentions, avant d’être promulgué par le président Bassirou Diomaye Faye le 27 mars et publié au Journal officiel.

La nouvelle loi définit notamment comme « acte contre nature » tout acte sexuel ou à caractère sexuel entre deux personnes de même sexe.

Les peines prévues sont désormais de cinq à dix ans d’emprisonnement, accompagnées d’une amende de 2 à 10 millions de francs CFA.

La réforme ne s’arrête pas aux relations sexuelles.

Elle prévoit également des sanctions concernant l’« apologie » de certains actes ainsi que leur financement ou leur soutien, avec des dispositions particulières destinées à protéger les personnes contre les dénonciations abusives.

Le Sénégal ne partait pourtant pas de zéro

Il serait donc inexact de présenter la loi de 2026 comme une première interdiction de l’homosexualité au Sénégal.

Avant cette réforme, les relations sexuelles entre personnes de même sexe étaient déjà pénalement réprimées dans le pays.

La modification de 2026 a surtout consisté à préciser les comportements visés et à alourdir fortement les sanctions.

Le passage de peines pouvant aller d’un à cinq ans à une fourchette de cinq à dix ans constitue ainsi un changement majeur du dispositif pénal.

C’est cette évolution que les autorités sénégalaises assument aujourd’hui.

« Nous avons respecté leur choix, respectez le nôtre »

C’est probablement la phrase qui résume le mieux la position exprimée par Bassirou Diomaye Faye.

Le président ne s’est pas présenté comme quelqu’un cherchant à imposer la législation sénégalaise à d’autres pays.

Son raisonnement est différent.

Selon lui, lorsque des États occidentaux ont choisi de légaliser le mariage entre personnes de même sexe, le Sénégal a considéré qu’il s’agissait de pays souverains ayant fait leurs propres choix législatifs.

Dakar demande donc que le même principe soit appliqué à son propre choix.

« Est-ce que dans ces pays-là, quand ils ont légalisé le mariage homosexuel, nous étions très choqués, mais est-ce que nous avons réagi ? Non », a déclaré le président. Il a ensuite ajouté que le Sénégal avait considéré ces pays comme souverains et respecté leur « option législative ».

Autrement dit, pour Bassirou Diomaye Faye, la souveraineté ne devrait pas fonctionner à sens unique.

Une réponse à la France et aux Nations unies

La question posée au président portait précisément sur les critiques venues de l’extérieur.

Des organisations internationales avaient déjà exprimé leurs inquiétudes concernant le durcissement de la législation.

En mars, l’ONUSIDA avait notamment appelé le président sénégalais à ne pas promulguer le texte, exprimant des préoccupations concernant ses conséquences possibles sur la santé publique, notamment la prévention et la prise en charge du VIH.

De son côté, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme avait également appelé le Sénégal à ne pas promulguer la loi et dénoncé ce qu’il considérait comme une atteinte à plusieurs droits fondamentaux.

Mais malgré ces critiques, le texte a été promulgué.

Et plusieurs mois plus tard, le président ne donne aucun signe d’un changement de position.

Une loi présentée par le pouvoir comme un choix national

Le gouvernement sénégalais présente cette réforme sous l’angle de la souveraineté, des valeurs sociales et culturelles du pays et de la volonté d’adapter le droit aux réalités nationales.

Le ministère sénégalais de la Justice avait notamment expliqué, lors de l’examen du texte, que la réforme reposait sur une volonté de préserver les valeurs auxquelles la nation sénégalaise est attachée et de renforcer la sécurité juridique.

Le pouvoir sénégalais défend donc une conception selon laquelle les normes pénales relatives à cette question doivent être décidées à Dakar, et non sous l’effet de pressions étrangères.

C’est cette logique que Bassirou Diomaye Faye vient de réaffirmer publiquement.

Mais les critiques internationales ne disparaissent pas

La fermeté présidentielle ne signifie pas que le débat est clos.

Au contraire.

Les organisations de défense des droits humains et plusieurs institutions internationales continuent de contester les conséquences de cette législation.

Le débat oppose ainsi deux visions.

D’un côté, le gouvernement sénégalais met en avant la souveraineté, la culture, les valeurs sociales et le droit d’un État à déterminer ses propres lois.

De l’autre, les organisations internationales et défenseurs des droits humains invoquent les droits fondamentaux, la dignité, la vie privée, la non-discrimination et les conséquences sociales et sanitaires de la criminalisation.

Ces deux dimensions expliquent pourquoi la question dépasse largement le simple cadre d’une réforme du Code pénal.

Le message de Diomaye Faye à l’étranger

Avec sa déclaration du 24 septembre, Bassirou Diomaye Faye semble surtout vouloir faire passer un message diplomatique.

Le Sénégal peut entretenir des relations avec les pays occidentaux, coopérer avec les organisations internationales et participer aux institutions multilatérales tout en refusant, selon lui, que ces partenaires lui dictent ses choix législatifs.

C’est une position qui s’inscrit plus largement dans le discours de souveraineté porté par le pouvoir sénégalais.

Et sur ce dossier précis, le chef de l’État a choisi de ne laisser aucune ambiguïté sur son raisonnement.

Le Sénégal respecte les choix des autres pays ; il demande que les autres respectent les siens.

« Le Sénégal doit décider pour le Sénégal »

La déclaration de Bassirou Diomaye Faye est donc importante parce qu’elle confirme une réalité : le durcissement de la législation sénégalaise n’est pas présenté par le chef de l’État comme une décision provisoire destinée à satisfaire une partie de l’opinion.

La loi a été adoptée.

Elle a été promulguée.

Et aujourd’hui, le président en défend ouvertement le principe face aux critiques internationales.

Le débat reste cependant loin d’être terminé.

Car derrière la question de l’homosexualité se trouve une interrogation beaucoup plus large : jusqu’où va la souveraineté d’un État lorsqu’une législation nationale entre en tension avec les normes internationales relatives aux droits humains ?

C’est désormais l’un des grands débats auxquels le Sénégal est confronté.

Et la réponse de Bassirou Diomaye Faye, le 24 septembre, tient en quelques mots qui risquent de continuer à faire parler :

« Nous demandons la même chose. »

Une phrase qui résume à elle seule la ligne défendue par Dakar : le Sénégal entend décider de ses lois selon ses propres choix et refuse que la pression extérieure détermine son ordre juridique.

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