« Sauvagerie policière » : Mélenchon appelle à « s’interposer » devant les lycées bloqués, avant de prôner la non-violence

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« Sauvagerie policière » : Mélenchon appelle à « s’interposer » devant les lycées bloqués, avant de prôner la non-violence

Le 29 septembre, alors que plusieurs centaines d’établissements étaient bloqués en France, le candidat LFI à la présidentielle a exhorté parents et militants insoumis à « s’interposer face à la sauvagerie policière ». Une sortie qui a mis le feu aux critiques, au point de forcer l’intéressé à un rétropédalage dès le lendemain au nom de la « non-violence ». Entre revendications lycéennes sur les moyens de l’Éducation nationale et affrontements avec les forces de l’ordre, la journée s’est soldée par des centaines d’interpellations.


Le contexte : un mouvement né en Île-de-France, élargi à tout le pays

Né la semaine précédente en Île-de-France autour des questions de moyens, de remplacement des enseignants, d’emplois du temps et de conditions d’étude jugées insalubres, le mouvement lycéen a gagné de nombreuses villes dès le lundi Le Monde. La principale organisation représentative des lycéens, l’Union syndicale lycéenne (USL), a appelé tous les établissements à se mobiliser le mardi 29 septembre, afin de rallier la manifestation nationale des agents de la fonction publique. Une mobilisation qui, très vite, s’est invitée sur la scène politique Europe 1.

L’appel à « s’interposer » du candidat LFI

C’est devant le Cirque d’hiver, à Paris, puis depuis la place de la République, que Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise à l’élection présidentielle de 2027, a appelé ses troupes à se mobiliser aux portes des lycées : « Nous sommes fiers d’être aux portes des lycées pour défendre nos gamins. Parents, militants insoumis, mobilisez-vous pour vous interposer face à la sauvagerie policière : ceux qui tabassent nos enfants, ceux qui frappent, ceux qui insultent, ceux qui laissent libre cours à leur racisme vont bientôt nous retrouver sur leur chemin », a-t-il lancé Europe 1. « Il n’y aura ni oubli ni pardon pour personne », a-t-il scandé, se gardant de condamner les violences ayant pu également émaner des manifestants Le Monde.

À ses côtés, d’autres figures insoumises alimentent l’escalade verbale. Le maire (LFI) de Saint-Denis, Bally Bagayoko, présent aux côtés des lycéens du lycée Paul-Éluard, a défendu une conception très contestée de l’usage de la violence : « La violence, à un moment donné, elle peut être légitime aussi. Le problème que l’on dit à tous ces jeunes-là, c’est oui, elle peut être légitime. Mais chaque fois qu’on peut l’éviter, c’est mieux », a-t-il déclaré Europe 1. Très populaire auprès des jeunes, le député Louis Boyard dénonçait de son côté le « racisme » derrière le maintien de l’ordre, tandis que la cheffe de la CGT, Sophie Binet, appelait le gouvernement à « cesser d’envoyer des policiers » face aux jeunes Valeurs Actuelles.

Des revendications centrées sur les moyens et les conditions d’étude

Derrière les blocages, des revendications concrètes. L’USL réclamait « une réponse légitime aux conditions dans lesquelles vivent aujourd’hui les lycéens et lycéennes » : « Manque de professeurs et de personnels, lycées délabrés, emplois du temps et classes surchargés, stress engendré par Parcoursup… Ces éléments ne sont pourtant en rien une fatalité », écrivait l’organisation le 26 septembre Valeurs Actuelles. Son président, Ryad Rani, résumait la situation depuis le lycée Montebello de Lille : « dans un établissement sur deux, on a des équipes d’AED (assistants d’éducation) où il manque 50 % des effectifs, des établissements où il n’y a pas d’infirmière scolaire, où il n’y a pas d’assistante sociale, des établissements où il n’y a pas de profs de philo et de français pendant les années du bac » Le Monde. L’USL revendiquait 400 établissements bloqués sur les quelque 3 700 que compte la France Le Monde.

338 établissements encore affectés, 440 interpellations

En fin de journée, le ministère de l’Éducation nationale recensait 338 établissements encore affectés, dont 45 bloqués, sur un total de 416 établissements touchés depuis le matin, et signalait des blessés parmi les élèves et les personnels Le Monde. Les manifestations et les blocages aux abords des lycées ont entraîné 440 interpellations, a fait savoir le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, précisant que « les deux tiers [des interpellations] ont donné lieu à des gardes à vue », essentiellement pour « dégradations, prises à partie des forces de sécurité intérieure, donc violences sur agents dépositaires de l’autorité publique » Le Monde.

Les tensions ont été particulièrement vives en Île-de-France, où « 75 lycées ont été perturbés, dont 20 ont été le théâtre d’affrontements et de dégradations », selon la région. Sa présidente, Valérie Pécresse, a fustigé une facture « qui se chiffre ce soir à près de 1 million d’euros » Le Monde. À Saint-Denis, plusieurs centaines de lycéens se sont réunis devant le lycée Paul-Éluard, où les pompiers sont intervenus pour éteindre un feu allumé au pied du portail. À Rennes, une centaine de lycéens lançaient des projectiles sur le lycée Bréquigny ; à Lille, des dégradations et jets de projectiles ont visé les forces de l’ordre près du lycée César-Baggio, qui ont répliqué par des gaz lacrymogènes. Dans le Nord, la préfecture faisait état de quatre interpellations et de douze lycées perturbés ; à Lyon et dans son agglomération, sept personnes ont été interpellées. À Marseille, cinq établissements étaient bloqués, et plusieurs centaines d’élèves bloquaient le lycée François-Magendie à Bordeaux Le Monde.

Face à la polémique, le gouvernement dénonce une « surenchère irresponsable »

La classe politique s’est emparée du dossier. Dès la veille, le premier ministre, Sébastien Lecornu, avait dénoncé une « surenchère irresponsable » d’élus « insoumis » qui appelaient à « étendre » le mouvement de blocus Le Monde. La ministre Aurore Bergé a accusé La France insoumise de mettre « une cible dans le dos de nos enfants » et des policiers et gendarmes : « On met à la fois des cibles dans le dos de nos enfants, puisqu’on leur fait prendre des risques, Jean-Luc Mélenchon a appelé à une forme d’insurrection, et on met des cibles dans le dos des policiers et des gendarmes de manière assez dangereuse » Franceinfo.

Le candidat LR Bruno Retailleau a, lui, réclamé une réponse judiciaire, demandant au gouvernement de signaler ces faits au titre de l’article 433-10 du Code pénal, sur la provocation directe à la rébellion Europe 1. Dans les rangs syndicaux, la secrétaire générale du SCPN Police, Frédéric Lauze, a jugé « irresponsable » l’expression « sauvagerie policière » employée par Jean-Luc Mélenchon CNEWS. Du côté de la CFDT, Marylise Léon a estimé qu’il était « important et parfaitement légitime que la jeunesse se mobilise collectivement pour son avenir », tout en assurant que « toutes les violences contre les personnes ou les biens sont totalement inacceptables » Le Monde.

Le rétropédalage : l’appel à la « non-violence »

Accusé de jeter de l’huile sur le feu, Jean-Luc Mélenchon a tenté de rectifier le tir dès le mercredi 30 septembre : « Les “insoumis” appellent à la non-violence des méthodes de lutte », a-t-il écrit sur X, un message qui se veut apaisant après des propos tenus la veille lors de la mobilisation des fonctionnaires contre le gel des salaires annoncé pour 2027 Le Monde. Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, dont les vidéos le montrant acclamé par les manifestants avaient donné des munitions aux adversaires politiques de LFI, a lui aussi opéré une mise au point, déclarant sur X que « la violence n’[étai]t pas [leur] méthode d’action » Le Monde.

Et maintenant ?

La séquence place le mouvement lycéen au cœur des tensions entre revendications sociales et calcul politique, à l’approche de l’échéance présidentielle de 2027. Côté gouvernement, l’exécutif entend reprendre la main : selon Franceinfo, cinq projets ont été lancés par Sébastien Lecornu, portant notamment sur l’amélioration des locaux et le remplacement des enseignants absents Franceinfo. Reste à savoir si le dialogue suffira à apaiser une contestation qui, à l’heure où ces lignes sont écrites, n’a pas encore trouvé de débouché.

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