
Affaire Saleh Mamman : l’ancien ministre nigérian de l’Énergie condamné à 75 ans de prison pour détournement de fonds publics
Affaire Saleh Mamman : l’ancien ministre nigérian de l’Énergie condamné à 75 ans de prison pour détournement de fonds publics
Le Nigeria est une nouvelle fois secoué par une affaire de corruption d’envergure impliquant un ancien haut responsable de l’État. Le mercredi 13 mai 2026, la Haute Cour fédérale d’Abuja a condamné l’ancien ministre de l’Énergie, Saleh Mamman, à une peine totale de 75 ans de prison pour fraude, blanchiment d’argent et détournement massif de fonds publics destinés à des projets énergétiques stratégiques du pays.
Cette condamnation historique est considérée comme l’une des plus lourdes jamais prononcées contre un ancien membre du gouvernement nigérian dans une affaire de corruption financière.
Un ancien ministre au cœur d’un gigantesque scandale financier
Saleh Mamman a occupé le poste de ministre de l’Énergie sous l’administration de l’ancien président nigérian Muhammadu Buhari entre 2019 et 2021.
Selon les enquêteurs de la Commission nigériane des crimes économiques et financiers (EFCC), l’ancien ministre aurait participé à un vaste système de détournement de fonds publics portant sur plus de 33,8 milliards de nairas, soit environ 24 millions de dollars américains.
Les fonds détournés étaient initialement destinés au financement de grands projets hydroélectriques essentiels au développement énergétique du Nigeria, notamment :
- le projet hydroélectrique de Mambilla ;
- le barrage hydroélectrique de Zungeru.
Ces projets devaient contribuer à réduire les graves pénuries d’électricité qui touchent régulièrement le pays.



Des fonds publics transférés via des sociétés privées
L’enquête menée par l’EFCC a révélé que les fonds publics auraient été transférés vers plusieurs sociétés privées et opérateurs financiers afin de masquer leur origine.
Les procureurs ont expliqué devant le tribunal que l’argent détourné transitait notamment par des bureaux de change avant d’être converti en devises étrangères.
Selon les documents judiciaires, plusieurs propriétés de luxe ainsi que des devises étrangères ont également été retrouvées et saisies au cours de l’enquête. La justice nigériane a ordonné leur confiscation au profit de l’État fédéral.
Les autorités considèrent cette affaire comme un exemple emblématique du détournement des ressources publiques dans le secteur énergétique nigérian, un domaine longtemps marqué par les scandales financiers et les projets inachevés.
Une condamnation sur 12 chefs d’accusation
Le juge James Omotosho a reconnu l’ancien ministre coupable des 12 chefs d’accusation retenus contre lui.
Les accusations comprenaient notamment :
- blanchiment d’argent ;
- fraude financière ;
- détournement de fonds publics ;
- conversion illégale de ressources de l’État ;
- abus de confiance.
Le tribunal a infligé différentes peines pour chacun des chefs d’accusation :
- 7 ans de prison sur plusieurs chefs ;
- 3 ans sur un autre ;
- 2 ans supplémentaires sur un autre dossier.
Le juge a ordonné que les peines soient exécutées de manière consécutive, ce qui porte la durée totale de la condamnation à 75 ans d’emprisonnement.
Une condamnation en l’absence de l’ancien ministre
L’un des éléments les plus marquants de cette affaire est que Saleh Mamman était absent au moment du verdict.
Selon plusieurs médias nigérians, l’ancien ministre avait disparu avant le prononcé du jugement. Son avocat aurait même affirmé devant le tribunal qu’il ignorait où se trouvait son client.
Face à cette situation, la justice nigériane a ordonné aux services de sécurité nationaux ainsi qu’à Interpol de procéder à son arrestation partout où il pourrait être retrouvé.
Le tribunal a également précisé que la peine de prison commencerait officiellement à partir du jour de son arrestation.
Le Nigeria face à la corruption des élites politiques
Cette affaire relance le débat sur la corruption au sein des institutions publiques nigérianes.
Le Nigeria, première puissance économique d’Afrique en termes de population, est régulièrement confronté à des scandales impliquant des responsables politiques accusés d’avoir détourné des milliards destinés aux infrastructures publiques.
Malgré les importantes ressources naturelles du pays, notamment le pétrole et le gaz, de nombreux Nigérians vivent encore avec des coupures fréquentes d’électricité, des routes dégradées et des infrastructures insuffisantes.
Dans ce contexte, les projets hydroélectriques de Mambilla et Zungeru représentaient un immense espoir pour améliorer l’accès à l’électricité. Les révélations sur le détournement des fonds destinés à ces projets ont provoqué une forte indignation au sein de l’opinion publique.
Une décision saluée par les organisations anticorruption
Plusieurs observateurs estiment que cette condamnation constitue un signal fort envoyé par la justice nigériane contre l’impunité des hauts responsables politiques.
Depuis plusieurs années, l’EFCC tente de renforcer sa lutte contre les crimes financiers et les détournements de fonds publics. Toutefois, les condamnations définitives d’anciens ministres restent relativement rares au Nigeria.
Pour certains analystes, cette décision judiciaire pourrait marquer un tournant dans la lutte contre la corruption à grande échelle dans le pays.
D’autres restent toutefois prudents, rappelant que plusieurs personnalités politiques condamnées dans le passé ont parfois réussi à faire annuler leurs peines en appel ou à obtenir des arrangements judiciaires.
Une affaire qui choque l’Afrique de l’Ouest
L’affaire Saleh Mamman dépasse largement les frontières du Nigeria.
Dans plusieurs pays africains, les citoyens dénoncent régulièrement le détournement de fonds publics pendant que les populations souffrent de pauvreté, de chômage et du manque d’infrastructures de base.
Cette condamnation spectaculaire de 75 ans de prison est donc perçue comme un symbole fort dans la lutte contre la corruption politique en Afrique de l’Ouest.
Elle rappelle également les énormes défis auxquels les États africains restent confrontés pour assurer une gestion transparente des ressources publiques et garantir que l’argent destiné au développement profite réellement aux populations.
Conclusion
La condamnation de l’ancien ministre nigérian de l’Énergie Saleh Mamman à 75 ans de prison marque une étape importante dans l’histoire judiciaire du Nigeria.
Accusé d’avoir détourné plus de 33 milliards de nairas destinés à des projets énergétiques essentiels, l’ex-ministre est aujourd’hui devenu l’un des symboles des dérives de la corruption politique dans le pays.
Alors que les autorités poursuivent les recherches pour l’arrêter, cette affaire reste suivie de près aussi bien au Nigeria qu’à l’international, où beaucoup y voient un test majeur de la capacité des institutions africaines à sanctionner les crimes économiques impliquant les élites politiques.